Commentaire sur « Les caprices de Marie »

Philippe de Broca | 
Il est arrivé une chose terrible qui m’a brisé le moral dès le début du tournage. Il a en effet commencé le 21 juillet 1969 juste le jour où l’homme a marché sur la lune. Ça m’a tellement impressionné que je me suis dit : « à quoi bon faire un film lorsqu’il se produit […]

Il est arrivé une chose terrible qui m’a brisé le moral dès le début du tournage. Il a en effet commencé le 21 juillet 1969 juste le jour où l’homme a marché sur la lune. Ça m’a tellement impressionné que je me suis dit : « à quoi bon faire un film lorsqu’il se produit un événement aussi important ? » J’ai donc commencé le film me  demandant quoi je le faisais. Et c’est  terrible parce qu’il n ‘y a  jamais de raison majeure de faire un film, ou  de ne pas le faire. Les seules choses qui  me semblent  réussies, comme l’élection de Miss flots bleus de, n’ont rien à voir avec le sujet. Les scènes comme celles-ci appartiennent un cinéma que j’adore, à des domaines que j’explore trop rarement. Il faudrait que je parte comme un ethnologue, en milieu ouvrier par exemple. C’est absolument lamentable, aujourd’hui en France, on ne raconte – je ne raconte – que les histoires se passant en milieu bourgeois, un milieu absolument pas représentatif de notre société. À cet égard, le cinéma italien est admirable… Avec un culot fou ! En France, on ne pourrait pas montrer un ouvrier, communiste et cocu. C’est une chose qu’on jugerait de mauvais goût. Au départ une sorte de mauvaise conscience bourgeoise présente l’ouvrier comme un être noble dont on ne se moque pas. Interdit donc la comédie ! En France on connaît mieux la vie des Papous que celle des ouvriers. Les classes sont étanches et tout le monde se méfie. À l’écran un CRS  est toujours con et buté, alors qu’il pourrait être drôle. Il y a des sujets passionnants à faire et dont on se prive bêtement. En 1968 on aurait dû tourner une comédie épatante sur l’étudiant contestataire en face de l’ouvrier qui estime la société de consommation vu qu’il travaille pour se payer  un réfrigérateur. Si on prétend tourner ça en dérision on se fait aussitôt traiter de fasciste. Je pense que si le cinéma français à des problèmes c’est en partie à cause de ça.