Entretien avec Catherine Frot

Avez-vous été surprise qu’on s’adresse à vous pour incarner une mère aussi monstrueuse ? Non. Pas plus que pour le personnage du film de Coline Serreau « Chaos » ou pour celui du film de Lucas Belvaux « cavale ». Je me suis toujours sentie très divisée entre comédie et tragédie comme mes personnages de Yo-Yo à Folcoche. Philippe […]

Avez-vous été surprise qu’on s’adresse à vous pour incarner une mère aussi monstrueuse ?

Non. Pas plus que pour le personnage du film de Coline Serreau « Chaos » ou pour celui du film de Lucas Belvaux « cavale ». Je me suis toujours sentie très divisée entre comédie et tragédie comme mes personnages de Yo-Yo à Folcoche. Philippe de Broca m’a dit un jour qu’il aimait beaucoup voir les acteurs de comédie interpréter des rôles tragiques. En cela peut-être, je devais lui correspondre. Quand il m’a proposé le rôle, j’ai su qu’il s’agissait d’un grand personnage de femme.

Comment vous êtes-vous préparée au tournage ?

J’avais envie d’aller vers des choses un peu démoniaques, hors normes, théâtrales même. Je me suis inspirée de photos des années 20-30. Certains visages de femmes comme Sarah Bernhardt, Colette. La préparation physique, l’allure, le maquillage, la coiffure ont été très importants. J’ai pensé aussi à l’expressivité du jeu de l’acteur dans le cinéma muet.

Avez-vous tenté de comprendre la méchanceté de Folcoche ?

Oui et non. J’ai essayé de comprendre ce que signifiait cette incapacité d’aimer. Car finalement, c’est ce qui la caractérise, au-delà de la méchanceté. Dans le scénario, il y a certaines pistes à ce sujet. Au début, ça me gênait presque, qu’on tente de radoucir le personnage. Je trouvais qu’il fallait assumer, ne pas avoir peur de jouer à fond sa méchanceté, sans lui donner aucune justification. Dans le livre, sa seule fragilité c’est sa vésicule biliaire. Dans le film, il y a cette histoire d’amant secret dont Bazin lui-même parle dans « la mort du petit cheval ». De toute façon, il fallait assumer ce rapport de force sanglant entre mère et fils, rapport démoniaque et inexpliqué. En tout cas moi, je n’avais pas peur de ça. Dès la première entrée en scène de Folcoche, quand elle descend du wagon, pour que le ton soit donné d’emblée, j’ai  eu envie de mettre mon pied en avant, le talon bobine de la chaussure dressée à la hauteur du visage des enfants. Je pensais : il faut effrayer le public, le questionner, le maître un peu à mal. En même temps, cela amusait Philippe de Broca et il y avait par moments, une dimension burlesque inattendue.

Je repense également aux scènes d’émotion et je me dis qu’il y a une forme d’amour dans ses rapports monstrueux. Quand Folcoche dit à Brasse Bouillon : « de tous mes fils, tu es celui qui me ressemble le plus », c’est presque une déclaration. Je pense que cette mère et ce fils ne peuvent pas se passer de cette haine. Il y a entre eux une lutte farouche qui devient quasiment une raison de vivre.

Comment se passaient les relations avec les enfants entre les prises ? Les scènes de règlement de comptes physiques, quand je les frappe que je leur tire les oreilles, les amusaient beaucoup. C’était un jeu à se faire peur. Un jour nous avons répété avec un cascadeur pour la scène des coups. Les enfants ont adoré ça.

Avec Jacques Villeret comme avec Philippe de Broca, vous avez une certaine complicité ?

J’avais rencontré Jacques sur un très beau téléfilm de Claude Goretta « le dernier été » où il incarne Mandel et moi sa femme. Pour « vipère au poing » il m’a dit : « dans ce film, je serais un passeur » ; c’est un personnage tout en émotion et retenue. Jacques est l’interprète idéale de Monsieur Rezeau. Quant à Philippe de Broca, il m’a donné l’occasion d’interpréter ce grand personnage. J’ai senti que cette histoire l’inspirait beaucoup. Il me semble que nous avons trouvé une complicité dans ce mélange de burlesque et de noirceur. Je garde un formidable souvenir de ce travail.

Comment s’est tournée la scène des « pistolétades », ces échanges de regards haineux pendant le repas, qui sont un des morceaux de bravoure du roman ?

C’est du cinéma, ce ne sont que des regards.

 Avez-vous revu le téléfilm de 1971 ?

Non mais quand Macha Béranger dans le rôle de la mère de Folcoche, apparaît avec son chapeau cloche, son fume-cigarette et sa belle voix grave, elle m’évoque le fantôme d’Alice Sapritch.

Pensez-vous que c’est un personnage masqué un tournant de votre carrière ?

Peut-être. Par moment j’ai ressenti une forte dose de folie chez elle. Elle me faisait penser tour à tour à  un oiseau de proie, à une statue grecque, à une sorcière, un cas pathologique de grande hystérie ou à la Mère Mac-Miche dans la comtesse de Ségur. Une  chose est sûre, c’est un film dans lequel je me suis investie tout particulièrement