« Tu nous as appris les vertus du montage court »

Jean-Paul Rappeneau | 
comme Cyrano, ton salut balaiera largement le seuil bleu, car sans un pli, sans une tache, tu emportes avec toi, comme lui, ton panache.

Ne t’inquiète pas Philippe, je ne serai pas long. Tu nous as appris les vertus du montage court. Tu ne supportais pas d’ennuyer le public, ni de t’ennuyer toi-même au spectacle.

Mais nous ne pouvons pas te laisser partir, nous tes compagnons, tes amis, tes acteurs, sans te redire que nous t’aimions. Oui nous t’aimions, mon cher Philippe, toi qui jouait si souvent le rôle du mal-aimé, et qui semblait parfois tout faire pour obtenir ce rôle. Pour ça, tu avais l’incorrigible talent de nous exaspérer par quelque maladresse, ( quelque phrase assassine) dans les moments où justement nous t’admirions le plus.
Mais ces efforts pour déplaire n’avaient aucune chance de réussir. On te pardonnait tout. On voyait trop l’enfant que tu étais, celui que tu es resté toute ta vie, le petit garçon du jardin des plantes qui a toujours su nous reprendre sous son charme.

On ne peut penser à toi,  Philippe, sans voir surgir des visages, bondir des silhouettes, sans entendre claquer des répliques, s’entrechoquer des épées. Une troupe magnifique s’avance, ce sont les comédiens que tu as entraîné dans ta ronde. Ils ont été tes doubles, tes frères. Tu t’identifiais à eux, ils s’identifiaient à toi le temps d’un film. Ils parlaient à ton rythme, ils marchaient à ton pas, et le plus souvent, d’ailleurs, ils couraient…Nous connaissons leurs noms, la liste n’est pas longue. Ce sont tout simplement les noms des plus grands acteurs français.
Cette troupe prestigieuse te salue, Philippe.

En réponse, là-haut, comme Cyrano, ton salut balaiera largement le seuil bleu, car sans un pli, sans une tache, tu emportes avec toi, comme lui, ton panache.

Jean-Paul Rappeneau
1er décembre 2004