Philippe de Broca à propos du Bossu

Pour moi Lagardère est un proche cousin de Cartouche, anarchiste au grand cœur, dont l'existence est vouée aux autres.

Si l’on veut évoquer la genèse du Bossu, il faut d’abord mentionner la détermination de Patrick Godeau qui, il y a deux ans et demi, a proposé de mettre en scène le film. J’ai évidemment accepté avec enthousiasme. Je n’avais pas tourné pour le grand écran depuis cinq ans et ce projet correspondait au cinéma que j’aime et que j’ai envie de faire. C’est essentiellement un film d’aventure et cela rejoint mon goût pour un cinéma à grand spectacle populaire.

Il ne s’agissait pas de tourner un remake des précédentes versions cinéma du Bossu mais de faire une adaptation moderne et originale du roman-feuilleton de Paul Féval. Je n’ai d’ailleurs revu aucune des adaptations précédentes et n’ai pas relu le roman pour garder mes souvenirs de jeune homme qui l’avait dévoré avec grand plaisir.

Nous avons mis du temps à écrire le scénario. Nous avons formé un trio. Jérôme Tonnerre était l’horloger, Jean Cosmos se consacrait davantage aux dialogues. Mon point de vue était clair : il fallait plus respecter Féval dans l’esprit qu’à la lettre en conservant les ingrédients clés : la fidélité à un serment, la vengeance, le travestissement, la relation Aurore-Lagardère, l’agiotage de la rue Quincampoix.

Ce qui m’a immédiatement passionné, c’est le mythe du Bossu, autour du personnage de Lagardère. C’est pour nous, comme le dit Jean Cosmos, un ami d’enfance, un camarade de jeunesse, mais je sais aussi que c’est un ami de tous les enfants et que les jeunes qui ne connaissent plus le Bossu mais qui ont peut-être entendu parler de Lagardère (« si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ! ») Auront plaisir à faire sa connaissance. C’est un personnage attachant, passionnant qui ne pense qu’à rire, à gagner de l’argent, une espèce de bretteur qui n’est pas très encombré de morale et qui par le biais d’un enfant découvre sa sentimentalité et devient quelqu’un de loyal.

Pour moi Lagardère est un proche cousin de Cartouche, anarchiste au grand cœur, dont l’existence est vouée aux autres.

Raconter les exploits de Lagardère est également une façon de renouer avec un esprit chevaleresque. Ce n’est pas être passéiste que de vouloir réhabiliter des valeurs comme l’honneur, la grandeur d’âme, l’altruisme.

Louis XIV disait à Le Nôtre en découvrant les jardins de Versailles : « vous auriez dû mettre un peu d’enfance là-dedans ». J’ai voulu faire un film gai avec une belle ambiance. Le Bossu symbolise la France, mêle Paris à la Province, la modernité au classicisme.

Aujourd’hui, devant le travail terminé, je pense avoir respecté les règles du genre tout en jouant avec, et je suis allé au bout de mon rêve d’enfant.

Philippe de Broca