Projets de films

Comme beaucoup de réalisateurs, Philippe de Broca a travaillé sur des films
qui n’ont jamais vu le jour. En voici quelques exemples…

Les Voyageurs de l’impériale d’après Louis Aragon

En 1964, sur le point de partir en Asie pour y tourner Les Tribulations d’un chinois en Chine, Philippe de Broca évoque son envie d’adapter un roman d’Aragon, Les Voyageurs de l’impériale. Située entre l’exposition universelle de 1889 et la mobilisation générale de 1914, cette histoire s’inspire de la vie du grand-père de l’auteur, qui a abandonné femme et enfants pour mener une vie d’aventurier qui le mena jusqu’en Turquie. « Un livre se prête souvent mal à la transposition cinématographique », expliquait De Broca. « Il constitue un carcan. Mais, s’agissant de l’ouvrage d’Aragon, je pense que le carcan serait léger à porter. Comme il l’a été, j’imagine, pour le réalisateur du Guépard, cet admirable film presque muet. » (Le Figaro Littéraire, 1964)

Un « film sur le suicide »

Toujours en 1964, le cinéaste envisage « un film sur le suicide avec Dalio dans le rôle principal. Ce sera l’histoire d’un homme sans réussite, et dont le suicide seul se révélera être à la hauteur de ses rêves de puissance. L’acte par lequel un être met fin à ses jours fait partie de ma conception de la liberté. Il représente même, à mes yeux, le summum du libre-arbitre. C’est un aboutissement qui me paraîtrait logique, si par malheur je devais un jour perdre pied dans ma profession. » (Le Figaro Littéraire, 1964)

Thomas l’Agnelet

Après Le Roi de cœur en 1966, Philippe de Broca veut revenir à ses premières amours et tourner un grand film d’aventures. En s’inspirant d’un livre de Claude Farrère, il écrit avec Claude Sautet et Jean-Loup Dabadie un scénario basé sur la vie de Thomas l’Agnelet. « Un pirate tombe amoureux d’une princesse espagnole qui se refuse à lui en disant qu’elle est protégée par les remparts de sa forteresse, de son cœur et de sa race ; alors il prend la ville, elle se donne à lui et ils deviennent des pirates abominables. » Ciné Monde annonce le projet en janvier 1967 avec cette conclusion : « Un rôle en or pour Belmondo ? » Mais de Broca pense qu’un projet d’une telle envergure ne peut se faire qu’à Hollywood. Sur place, pourtant, il déchante. « Je me suis retrouvé perdu dans les méandres de la production américaine. Ils n’ont pas la même conception du cinéma que nous. Ils commencent par dire : « Vous, les Européens, on vous connaît, vous voulez toujours faire ce qui vous plaît, alors voilà le scénario, les acteurs c’est untel et untel, vous tournez dans tel studio avec tel opérateur et à partir du 6 décembre ; maintenant, c’est à vous ! » En fait, c’est à vous rien du tout ! Puisque tout est fait ! Ils n’ont jamais bien compris que ce n’est pas comme ça que j’envisage de faire du cinéma. » Après six mois de palabres, Philippe de Broca abandonne et rentre en France. (Philippe de Broca (Henri Veyrier, 1990), Ciné Monde n°1677, Première n°60)

Les tribulations d’un bagagiste extralucide

En 1969, le réalisateur retrouve son scénariste du Roi de cœur, Daniel Boulanger, pour un projet étonnant, comme l’explique ce dernier. « Nous voulons rester dans le domaine de la comédie. Le héros du nouveau film, prévu pour le printemps, est le bagagiste d’un palace ; quand il est en état d’ébriété, il a le pouvoir de deviner les pensées de ceux qui le rencontrent. On veut exploiter ses dons d’extralucide, et l’amour le sauve des pièges qu’on lui tend. » Le scénario est proposé à Jean-Paul Belmondo qui ne donnera pas suite, peut-être à cause d’un planning de tournage trop chargé. (Le Figaro, 5 février 1969)

Les Cadets de Gascogne

Passionné par le mythe de Cyrano de Bergerac, Philippe de Broca tente d’en faire un film vers 1975. « Avec Daniel Boulanger et un auteur italien, nous avions décidé de faire une adaptation en reprenant les thèmes de Rostand – l’amour impossible, le sacrifice de soi-même – et en nous replongeant dans la vie du vrai Cyrano, l’écrivain – qui n’était pas du tout gascon. (…) Et nous avions remplacé la laideur par l’âge. Il s’agissait d’un homme d’un certain âge amoureux d’une jeune femme qui suscitait l’amour d’un autre plus jeune. » Jean-Paul Belmondo, à qui le rôle est proposé, ne se voit pas jouer un personnage vieillissant. Yves Montand refuse à son tour. Lorsque Jean-Paul Rappeneau commencera à travailler sur sa version, De Broca renoncera définitivement. (Belmondo de Philippe Durant, Robert Laffont, 1993)

La Malédiction des pharaons

En partant d’un scénario co-écrit avec son ami Henri Lanoë, se déroulant dans le milieu des archéologues du Louvre, de Broca imagine en 1986 avec Jérôme Tonnerre une comédie policière dans l’esprit de On a volé la cuisse de Jupiter et des Sept boules de cristal de Hergé. « Il y avait un côté Agatha Christie très amusant », se souvient Tonnerre. « Il y avait la découverte d’un caveau, une malédiction supposée, alors que c’était un égyptologue jaloux qui tuait un à un les autres membres de l’expédition. Philippe voulait le tourner avec Marthe Keller et Jacques Villeret, qui aurait joué un assassin au visage de bébé. » (Philippe de Broca un monsieur de comédie, Neva, 2020)

L’Art de la fugue

Reprenant le titre prévu à l’origine pour Le Cavaleur, de Broca écrit avec Jérôme Tonnerre l’histoire d’un chef d’orchestre qui revient dans une ville de province à l’occasion d’une tournée. « Il retrouvait une femme qu’il a aimée et oubliée », raconte le co-scénariste. « Il découvre qu’il a eu un enfant avec cette femme, un garçon de vingt ans qu’il va apprivoiser, sans lui dire qu’il est son père. Ils vont retaper un bateau et partiront ensemble. L’homme larguait les amarres et partait à l’aventure. Comme De Broca l’a souvent fait. » Le cinéaste pense à Marcello Mastroianni ou Vittorio Gassman pour le rôle. « Ça nous plaisait beaucoup mais il n’y avait pas de producteur. »

J’ai assez ri

Alexandra de Broca : « Philippe évoquait souvent son envie de mettre en scène un pianiste de bar. Il disait être bouleversé par un homme de talent, un musicien, que personne n’écoutait. Il fallait un sacré mental pour supporter de jouer sans être écouté ! Ou alors il fallait avoir été massacré par la vie et ne rien attendre des autres. Ne restait qu’à survivre dans la compagnie des notes de jazz et improviser au gré de ses souvenirs. Il voulait un homme que rien n’atteindrait, voyageant de bar en bar, d’hôtels de gare modestes et anonymes et qui attendrait une fin meilleure … Tout cela n’était pas très gai mais il espérait que les dialogues cyniques mais drôles rendrait la situation attachante et le personnage attirant. C’est ainsi qu’il proposa à Gerard Rinaldi avec qui il avait tourné un téléfilm (Un amour en kit) de collaborer à l’écriture. Les deux hommes s’appréciaient et riaient souvent d’eux même. Hélas, la maladie est venue interrompre cet intermède. »
[le scénario peut être lu ici]

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