La maison de Vert

Maison
Passionné de jardin, et n'aimant pas la ville, Philippe de Broca achète en 1969 une ferme dans le village de Vert dans les Yvelines.
  • Philippe de Broca dans sa maison de Vert

    © Henri Lanoë

  • Philippe de Broca dans sa maison de Vert

  • Philippe de Broca dans sa maison de Vert

    © Henri Lanoë

  • Philippe de Broca dans sa maison de Vert

    © Henri Lanoë

Passionné de jardin, et n’aimant pas la ville, Philippe de Broca achète en 1969 une ferme dans le village de Vert,dans les Yvelines.

La maison, composée de deux corps de bâtiment, d’un porche avec pigeonnier et d’un hectare de jardin est bordée par une rivière, la Vaucouleurs. La maison devient son lieu de résidence permanente, son havre de paix et d’inspiration  et ce, jusqu’à sa mort. Il n’a plus besoin de voyager (mais il a son Land Rover dans le garage au cas où…) et trouve désormais le même bonheur dans son jardin que dans les savanes africaines !

La maison n’avait pas de nom ; on allait à Vert,  tout simplement… Et on y trouvait Philippe dans son jardin, à bêcher, bouturer, planter ou, les jours de pluie, dans sa serre à préparer ses semis. Écolo avant l’heure, il n’achetait jamais de semences et passait son temps dans les jardins voisins à voler graines ou racines qu’il oubliait dans les poches de son jean. On y rencontrait  vivant en liberté, poules et oies qui, élevées dans le jardin,  suivaient  Philippe comme un chien suivrait son maître et ce jusque dans la cuisine !

A l ‘arrivée de son troisième enfant Philippe a reconnu qu’un poulailler serait plus raisonnable, à la fois pour récupérer les oeufs et pour éviter de mettre les pieds dans les fientes, quand les oies ne  se baignaient pas dans la piscine ! Il y eut aussi des chevaux, des poneys, un cochon, des chats, des colombes blanches…  Tous ces animaux vivaient en parfaite harmonie n’obéissant qu’au  maître des lieux.

Mais enfin, et surtout, il y avait ses chiens ! Dans les premières années ce furent des teckels qui suivaient Philippe sur les tournages, ou en ville, et même quand il montait à cheval. Puis ce fut le tour de labradors, des blonds  ou des noirs.

Qui ne se souvient dans le village de Vidocq, de Gitane, ou de Julie ? Le jardin n’étant pas clos, les chiens franchissaient la rivière pour  aller chasser  dans les champs aux alentours, sans laisse et sans collier. Les chiens, comme leur maître, devaient vivre au gré des saisons et au gré de leur plaisir. Un jour, arrivant de Paris sans prévenir, Philippe trouva son labrador Vidocq dans la piscine, incapable d’en sortir, avec le jardinier portugais (qui ne savait pas nager) tentant de tirer la bête hors de l’eau, le poids de Vidocq risquant d’entraîner le malheureux Julio dans l’eau.

Finalement, il y eut plus de peur que de mal, à partle revêtement  déchiqueté par les griffes de la bête affolée qu’il fallut changer.

L’ancienne grange avait été transformée par Philippe en une immense pièce à recevoir et tous ses amis, ou ceux avec qui il tournait, répondaient à l’appel sachant qu’il y aurait de l’amitié, du vin, de bons repas, un billard en hiver, un barbecue et une piscine en été… Parfois les invités ne  se connaissaient pas et se retrouvaient à aider dans la cuisine ou à bricoler une urgence. Ils devenaient alors intimes, unis par la personnalité  du maître de maison. N’a-t-il pas fait dire à Jean-Pierre Cassel, son double à l’écran dans Les jeux de l’amour : « de l’herbe, du soleil, les artichauts et des amis… »

Philippe était un homme pressé, toujours entre deux projets, deux voyages, ou deux peines de cœur mais  son amour de la vie, sa curiosité intellectuelle et son goût d’apprendre, l’emportaient sur sa peur du temps qui passe, « ce temps  qui  nous salit »  comme il le  fait dire dans Julie pot de colle.

Les amis partis, Philipe s’installait à la tâche : mettre par écrit puis en images son univers. Il réunissait ses chiens autour de lui, un bon feu de bois, du papier, son stylo (toujours le même), des ciseaux et commençait à rédiger des scènes issues de son imaginaire, ou de son quotidien. Lorsqu’il était en panne d’inspiration, il repartait dans son jardin, ou se réfugiait dans une pièce où trônait un imposant train électrique. Conçu par lui avec son fils ou les amis de passage, il nécessitait toujours des réparations urgentes ! La concentration autour d’un rail dévié, d’un fil arraché, lui redonnait l’envie de dégringoler les escaliers quatre à quatre pour  se remettre sur son prochain film. Le tout baignant dans les sonorités de la messe en si mineur de Bach qui le bouleversait et  l’inspirait au point qu’il l’écoutait chaque fois qu’il rédigeait les prémices d’un film.

Il partageait son amour du jardinage avec ses voisins, un couple délicieux, qui supportaient de vivre sans barrière entre eux. Les chiens vivaient chez eux quand Philippe  s’absentait en oubliant  de les prévenir. Maislorsque Philippe revenait subitement avec une bouteille de blanc, il se faisait pardonner en un clin d’œil…

Il fut longtemps conseiller municipal du village mais ne racontait à ses amis qu’une seule anecdote : la journée des  vieux du village à l’émission de Michel Drucker, comme si le quotidien d’une mairie ne méritait pas d’être mentionné.  Pourtant il  fut attentif et sérieux à la tâche… En revanche il parlait très souvent d’une de ses passions qu’il avait réussi à faire partager aux habitants de Vert : les feux d’artifices ! Il avait pris des cours d’artificier (vrai ou légende peu importe), aussi était-il en charge  le 14 juillet du tir du feu d’artifices et il le faisait avec le même entrain que s’il l’avait tiré place de la Concorde. Les feux explosaient sous ses pieds, lui brûlaient les cheveux, mais il était heureux, heureux comme un enfant émerveillé par la nuit étincelante…

Mais ce bonheur s’est éteint avec la maladie et la porte de Vert s’est refermée laissant sa famille, ses proches et  ses trois chiens orphelins…

Heureusement il nous reste ses films, miroir de sa personnalité unique.