Une place Philippe de Broca à Paris
Une place Philippe de Broca à Paris
La Mairie de Paris a inauguré une place en l’honneur de Philippe de Broca dans le 12e arrondissement, tout près du Jardin des plantes où il aimait flâner étant enfant…
L’idée de baptiser une place « Philippe de Broca » est venue au conseiller municipal du 12e arrondissement Franck Margain en 2022, avant d’être validée par une commission de dénomination puis, sans problème, par un vote au Conseil de Paris. « La culture populaire est aussi le reflet de la culture de Paris et donner à Philippe de Broca une place à son nom était, à ce titre, une initiative que personne ne pouvait refuser ». La capitale est d’ailleurs très présente dans ses films.
La place se situe quai de la Rapée, à l’angle du pont Morland et du boulevard de la Bastille. Une cérémonie d’inauguration s’est déroulée le 5 décembre 2025 en présence de la famille du cinéaste, du cinéaste Jean-Paul Rappeneau, de la maire du 12e arrondissement Emmanuelle Pierre-Marie, de la chargée de la mémoire et du monde combattant Laurence Patrice et de la chargée de la culture Carine Rolland.
Son neveu Yves Aroud a prononcé un discours dont voici l’intégralité :
« Deux heures ! J’ai mis deux heures pour venir de Viroflay.
L’homme pressé qu’était Philippe aurait-il adoré Paris, ville du ¼ d’heure ? D’un côté, sûrement à l’idée pratique de ne pas attendre. D’un autre, il n’en a pas tellement besoin puisque ses héros, doubles de lui, s’évadent des contraintes matérielles et ne respectent aucun espace-temps, ce qui nous fait rêver. Comment Paris va-t-il concilier l’ancrage dans le réel et l’élan vers l’impossible ? Nul ne sait.
Quoiqu’il en soit, je remercie infiniment et du fond du cœur les élues de tout bord d’avoir pensé au nom “de Broca”. Heureusement qu’il y a une particule sinon il y eût confusion.
Mesdames, Messieurs, chers amis, ma tante, mes cousins, Germaine, Raoul …
Place ! à toi Philippe
N’étant pas le critique, ni même le spectateur le plus objectif – le moindre défaut faisait à mes yeux un navet (légume fort appréciable de tes pots-au-feu) et une scène ou un dialogue réussi transformait ton film en chef-d’œuvre – je suis surtout là, avec fierté, pour rappeler ta proximité dans nos cœurs, dans nos mémoires, avec cette place au centre de ton terroir.
A quelques pas du quai Henri IV où tes parents habitaient, toi nourrisson, à quelques encablures du 90 bd Saint-Germain, toute ton enfance, ton inspiration, ni très loin du quai de Bourbon, où tu as dû développer dans les ateliers photographiques de ton père, tes premiers tirages, d’ici la vue embrase (rend lumineux, éclatant, empli d’une grande exaltation) tout le quartier latin qui fut ta vie privée et aura été le berceau de ton âme d’artiste qui voyage.

Car après l’école de cinéma rue de Vaugirard, et avant de t’envoler filmer à Rio, à Hong-Kong, à Senlis, en Louisiane, en Bretagne ou à Kilifi, tu as tourné dans ces quartiers alentour, au cœur de Paris. Tu y es revenu pour glorifier l’amour, les embouteillages, avant l’heure le téléphone instantané, les ruptures, le solex, les petits vieux dans les gares. Ne pas oublier les dromadaires du Jardin des Plantes qui, de l’autre côté du fleuve, t’observent d’un regard. Seule ombre au tableau, en te tordant le cou tu peux lorgner du côté de l’institut médico-légal. Mais à 5 minutes, la Cinémathèque t’a placé sur un piédestal.
Mes amis, repensons à toutes ces scènes qui témoignent de son amour pour Paris
• Aux toutes premières réalisations de Philippe qui filme la capitale (en N&B) comme seule la nouvelle vague savait le faire : l’insouciance, un regard neuf, la poésie, le refus des conventions.
• Repensons aux aventures de Cartouche (condamné à mort un 26 novembre 1721), avec sa cour des Miracles : l’insolence, le charme, le panache, la révolte, les tentations.
• Repensons aux scènes qui démarrent l’Homme de Rio au Trocadéro, gare de Lyon, sur l’île Saint-Louis : l’exotisme, l’aventure, le rythme, puis la cavalcade.
• Repensons à ses héros qui sillonnent tout Paname dans un tourbillon d’ubiquité, de séduction et d’escapade.
• Repensons à ses héroïnes qui habitent au Champ de Mars, dans le Marais, rue de Bretonvilliers ou rue Mouffetard.
Et tant d’autres instants de fantaisie et de mouvements permanents, sa signature, ses œuvres d’art.
Grâce au recul, à une vision plan large en focale 35mm, lumière parisienne, nous sommes à l’endroit parfait qui nous ramène à toi.
Tu es né ici, tu reposes à Sauzon, tu fais partie de moi et de notre mémoire collective, tu revis aujourd’hui à Paris à moins d’un nœud (de temps) du seul endroit où sont alignés les bateaux à voile sur ta Seine : l’Arsenal.
Si le Moana y revenait accoster, quelle aventure !
Rendez-vous dans 8 ans pour le centenaire de ta naissance. »
Yves Aroud