Jean-Paul Rappeneau, à vive allure !

Jean-Paul Rappeneau a récemment publié un livre de souvenirs, « Vive allure » chez Grasset. Le cinéaste à qui l’on doit « La Vie de château » et « Les Mariés de l’an deux » (entre autres !), y évoque sa collaboration et son amitié avec Philippe de Broca.

À l’hiver 1962, Philippe de Broca confie à Jean-Paul Rappeneau qu’il rencontre des difficultés avec Ariane Mnouchkine sur le scénario d’un film d’aventures. « Je l’interroge : « Mais quel est le sujet du film ? » « C’est l’histoire d’un petit Français qui débarque au Brésil. » « Et alors ? » « Il a des poignards qui lui sifflent aux oreilles. » Je l’interroge : « Pourquoi ? » « Justement, je ne sais pas pourquoi, c’est bien le problème. » Je le sens déprimé, prêt à abandonner. Spontanément, je dis : « Je serai chez toi demain matin, tu me raconteras mieux que ça. » » Rappeneau va beaucoup apporter à ce qui va devenir L’Homme de Rio, notamment l’idée de faire du personnage de Belmondo un troufion en permission, « au point d’envisager comme titre « Huit jours de perm » » !

« Pendant cette période, notre relation s’étoffe d’une dimension supplémentaire, professionnelle. Pour moi, c’est ce qui a participé à la construction de mon imaginaire. Elle se transformera au cours des années en une amitié forte et complexe, faite de rivalité. »

Broca fait de nouveau appel à lui pour Le Magnifique en 1973. Plus exactement, le producteur Alexandre Mnouchkine a besoin de quelqu’un pour faire le tampon entre le cinéaste et le scénariste Francis Veber qui ne s’entendent pas du tout. « Un arrangement est convenu, je suis engagé et payé comme scénariste, mais mon nom n’apparaîtra pas au générique, ni celui de Veber qui refusera de signer. (…) On gardera plein de trucs de Veber, qui appelle régulièrement pour me demander ce qu’on change ou ce qu’on garde. Il n’aimera pas le résultat. Veber et de Broca ne se reverront jamais. »

Jean-Paul Rappeneau (qui retravaillera anonymement sur les scénarios de Tendre Poulet, Le Cavaleur et On a volé la cuisse de Jupiter) s’irritera parfois de voir comment ses propres films inspirent ceux de son ami. « Il y a un peu de La Vie de château dans Le Diable par la queue, et dans Le Roi de cœur, avec la prise du blockhaus! Sans parler de L’Africain, le duo Deneuve/Noiret de La Vie de château dans une décalcomanie du Sauvage. » Lorsque Broca met en chantier un Cyrano avec Bernard Giraudeau, concurrent de celui de Rappeneau (mais qui ne verra pas le jour), les deux hommes se fâchent. Mais, rappelle-t-il, « son charme naturel, ses élans d’affection finissent toujours par briser nos périodes de froidure ».

« Pendant des décennies, il sera mon frère, mon double, mon contraire. Nous avons un attachement fort et complexe, vissé par un lien d’abord générationnel – nous sommes nés à un an d’écart, des souvenirs presque identiques nous rapprochent, nous avons vécu des émotions symétriques au même âge sans nous connaître. Nous sommes soudés par le territoire de la jeunesse. Malgré nos orages. Notre rapport tient du passionnel, entre fraternité et discorde. »

Vive allure de Jean-Paul Rappeneau (Grasset)