Hommage à Jean-Paul Rappeneau
Hommage à Jean-Paul Rappeneau
Le réalisateur du « Sauvage » et de « Cyrano de Bergerac » nous a quittés à l’âge de 94 ans. Il a été l’ami de Philippe de Broca et son collaborateur sur plusieurs de ses films…
« Pendant quarante-cinq-ans, Philippe de Broca a été mon frère, mon double et mon contraire. C’était un attachement fort et complexe, vissé par un lien d’abord générationnel : nous étions nés à un an d’écart, lui en mars 1933, moi en avril 1932. (…) Des souvenirs presque identiques nous rapprochaient : la traversée des années de la guerre, grande aventure de notre enfance. (…) Nous avions vécu des émotions symétriques, au même âge, sans nous connaître. Sans parler de notre passion pour la littérature de Dumas, Jules Verne ou Maurice Leblanc, fascinant véhicule pour échapper à la grisaille de l’Occupation et assouvir nos rêves d’aventure. »
Les deux hommes se rencontrent à la fin des années cinquante, dans une salle privée de l’avenue Hoche où sont projetés les films de la Nouvelle Vague (Nda : Broca est alors l’assistant de Chabrol et Truffaut). « La conversation s’engage. Nous évoquons ces premiers longs-métrages qui sortent en cascade chaque semaine. Il était évident que nous allions, nous aussi, un jour ou l’autre, franchir le pas. « Tu vois, me dit Philippe, ce qui me manque dans tous ces films, c’est le rire. Moi, la comédie est le seul genre qui m’intéresse ! -Moi aussi, ai-je répliqué. Au moins nous serons deux ! » Entre Philippe et moi, tout est parti de cette conversation improvisée, dans cet escalier de l’avenue Hoche, comme la première pierre d’une amitié naissante. »
Ils travaillent ensemble pour la première fois sur le scénario de L’Homme de Rio en 1963 (Rappeneau trouve l’idée de faire de Belmondo un troufion en permission). Ils se retrouveront sur Le Magnifique, Tendre Poulet, Le Cavaleur et On a volé la cuisse de Jupiter (sans que jamais le nom de Rappeneau ne soit crédité).


« Nos séances de travail ressemblaient à des mises en loge, chez lui à Vert, en Ile-de-France, une maison de village, avec un poulailler dans la cour et un jardin tout en profondeur. C’étaient des moments lumineux de rire et de partage. (…) Je me lâchais sans doute davantage, j’osais des idées que j’aurais éventuellement auto-censurées pour mes propres films. De toute façon, la sanction, c’était le rire. Si Philippe se marrait, s’il trouvait l’une de mes suggestions drôle, c’était sa décision de cinéaste de la conserver dans le film. Il était le patron. »
Pendant cette période, Jean-Paul Rappeneau réalise ses propres films. « J’en ai tourné moins que lui mais chacun a laissé une petite trace dans les de Broca suivants : il y a un peu de La Vie de château dans Le Diable par la queue (le manoir délabré, la vieille aristocrate) et dans Le Roi de cœur (la prise du blockhaus). Sans parler de L’Africain : le couple de La Vie de château dans une décalcomanie du Sauvage ! Philippe m’a même demandé l’autorisation d’utiliser en situation une photo de Deneuve et Noiret tirée de mon film, vingt ans plus tôt, photo que le personnage de Noiret garde dans sa tente de brousse. L’exaspération m’a poussé à refuser, malgré l’insistance du producteur Claude Berri. »
Malgré cela, les deux hommes sont restés liés. « Au fond, notre rapport tenait du passionnel, entre fraternité et discorde. »
sources : Philippe de Broca, un monsieur de comédie (Neva Editions, 2020)
Pour aller plus loin :
Jean-Paul Rappeneau : sa méthode décryptée (CNC)
Rappeneau par Rappeneau : une leçon de cinéma (Cinémathèque française – vidéo)
Présentation de L’Homme de Rio par Jean-Paul Rappeneau (Cinémathèque française – vidéo)
Jean-Paul Rappeneau par Jean-Paul Rappeneau (France Inter)