Articles Tagged with: IEP

Jean-Paul Rappeneau, à vive allure !

Jean-Paul Rappeneau, à vive allure !

Jean-Paul Rappeneau a récemment publié un livre de souvenirs, « Vive allure » chez Grasset. Le cinéaste à qui l’on doit « La Vie de château » et « Les Mariés de l’an deux » (entre autres !), y évoque sa collaboration et son amitié avec Philippe de Broca.

À l’hiver 1962, Philippe de Broca confie à Jean-Paul Rappeneau qu’il rencontre des difficultés avec Ariane Mnouchkine sur le scénario d’un film d’aventures. « Je l’interroge : « Mais quel est le sujet du film ? » « C’est l’histoire d’un petit Français qui débarque au Brésil. » « Et alors ? » « Il a des poignards qui lui sifflent aux oreilles. » Je l’interroge : « Pourquoi ? » « Justement, je ne sais pas pourquoi, c’est bien le problème. » Je le sens déprimé, prêt à abandonner. Spontanément, je dis : « Je serai chez toi demain matin, tu me raconteras mieux que ça. » » Rappeneau va beaucoup apporter à ce qui va devenir L’Homme de Rio, notamment l’idée de faire du personnage de Belmondo un troufion en permission, « au point d’envisager comme titre « Huit jours de perm » » !

« Pendant cette période, notre relation s’étoffe d’une dimension supplémentaire, professionnelle. Pour moi, c’est ce qui a participé à la construction de mon imaginaire. Elle se transformera au cours des années en une amitié forte et complexe, faite de rivalité. »

Broca fait de nouveau appel à lui pour Le Magnifique en 1973. Plus exactement, le producteur Alexandre Mnouchkine a besoin de quelqu’un pour faire le tampon entre le cinéaste et le scénariste Francis Veber qui ne s’entendent pas du tout. « Un arrangement est convenu, je suis engagé et payé comme scénariste, mais mon nom n’apparaîtra pas au générique, ni celui de Veber qui refusera de signer. (…) On gardera plein de trucs de Veber, qui appelle régulièrement pour me demander ce qu’on change ou ce qu’on garde. Il n’aimera pas le résultat. Veber et de Broca ne se reverront jamais. »

Jean-Paul Rappeneau (qui retravaillera anonymement sur les scénarios de Tendre Poulet, Le Cavaleur et On a volé la cuisse de Jupiter) s’irritera parfois de voir comment ses propres films inspirent ceux de son ami. « Il y a un peu de La Vie de château dans Le Diable par la queue, et dans Le Roi de cœur, avec la prise du blockhaus! Sans parler de L’Africain, le duo Deneuve/Noiret de La Vie de château dans une décalcomanie du Sauvage. » Lorsque Broca met en chantier un Cyrano avec Bernard Giraudeau, concurrent de celui de Rappeneau (mais qui ne verra pas le jour), les deux hommes se fâchent. Mais, rappelle-t-il, « son charme naturel, ses élans d’affection finissent toujours par briser nos périodes de froidure ».

« Pendant des décennies, il sera mon frère, mon double, mon contraire. Nous avons un attachement fort et complexe, vissé par un lien d’abord générationnel – nous sommes nés à un an d’écart, des souvenirs presque identiques nous rapprochent, nous avons vécu des émotions symétriques au même âge sans nous connaître. Nous sommes soudés par le territoire de la jeunesse. Malgré nos orages. Notre rapport tient du passionnel, entre fraternité et discorde. »

Vive allure de Jean-Paul Rappeneau (Grasset)


De Broca par Belmondo

De Broca par Belmondo

De Broca, Philippe de Broca : pour moi, ce nom évoque des souvenirs inoxydables, de bonne humeur et fraternités mêlées.

Nous étions de la même génération, nous avions pile le même âge. Vingt-cinq jours d’avance lui permettaient simplement de jouer au grand-frère. Moi, fils de sculpteur, lui, petit-fils de peintre cette ascendance artistique a immédiatement scellé notre amitié.

Notre rencontre remonte au film A double tour de Claude Chabrol, dont il était le premier assistant. Au premier jour de tournage, nous nous sommes découverts des atomes crochus. Deux ans plus tard, une fois passé à la mise en scène, Philippe m’a proposé le rôle titre de Cartouche, sa première grosse production, son premier film en couleurs.

Après le succès d’A bout de souffle, on avait tendance à m’enfermer dans un emploi de mauvais garçon. Ce qui m’a emballé dans Cartouche, c’est la nouveauté, le contraste avec tout ce que j’avais tourné jusqu’alors. Enfin un personnage solaire, vif et idéaliste, qui défie les riches et les puissants! Enfin un film de cape et d’épée moderne, infusé de Nouvelle Vague! Pour Philippe, j’ai appris à monter à cheval en huit jours. Et, surtout, le tournage m’a permis de mieux le cerner. Je dirais même : de mieux le comprendre. Les horreurs de la Guerre d’Algérie lui avaient révélé un versant sombre de l’humanité et lui avaient inoculé un antimilitarisme viscéral. Son âme d’enfant, son refus de grandir, son goût de la transgression, sa fantaisie naturelle étaient un pied de nez à ses démons. Une façon de diluer la noirceur et l’angoisse qui le suivaient, deuxièmes ombres de lui-même. « Amuse-toi, cela empêche de mourir ! » lance Vénus à Cartouche.

Le tournage ne m’a laissé que des souvenirs exaltants. Avec Claudia Cardinale, notre couple incarnait, d’une certaine manière, l’amour et la liberté. Sur le plateau, De Broca virevoltait, comme un enfant dans un magasin de jouets. Sa juvénilité contrastait avec sa grande maturité technique. À mon sens, il aurait pu, il aurait dû tourner une comédie musicale. Dans Cartouche, les duels à l’épée ou au poing ne ressemblent-ils pas à des ballets? Cette première aventure partagée m’a donné une confiance aveugle en Philippe. Dès lors, j’ai su que je pourrai le suivre jusqu’au bout du monde.

Ces voyages, nous les avons effectués, au Brésil dans L’Homme de Rio, au Népal dans Les Tribulations d’un Chinois en Chine, au Mexique dans Le Magnifique… en poussant l’exotisme jusqu’au Mont Saint-Michel dans L’Incorrigible ! C’est sur L’Homme de Rio, en 1963, que j’ai enfin pu assouvir mon plaisir d’effectuer moi-même mes cascades, guidé par mon ami Gil Delamare. Le producteur Alexandre Mnouchkine y était catégoriquement opposé mais, après mon passage entre deux fenêtres en haut d’un immeuble, il m’a demandé en souriant: « Tu n’en ferais pas une deuxième ? » À partir de là, j’ai pu laisser libre cours à mes instincts acrobatiques… Sur tous ces films, l’atmosphère était survoltée. Entre Philippe et moi, c’étaient des concours de provocations et de farces potaches. Sur L’Homme de Rio, j’ai caché des bébés crocodiles dans les salles de bain des membres de l’équipe. Quand la comédienne Simone Renant est entrée dans sa douche, elle a modérément apprécié. Un autre soir, j’ai glissé de la farine dans l’air conditionné. Sur Les Tribulations, nous avons vidé la piscine de l’Hilton de Hong Kong. À Acapulco, pour Le Magnifique, ce sera l’inverse : pour mes quarante ans, nous remplirons la piscine du palace de tous les meubles à portée de main… Ces facéties réjouissaient Philippe : elles contribuaient à l’ambiance du plateau, laquelle serait, il le savait, perceptible à l’image.

À l’heure des bilans, Philippe est (avec Henri Verneuil) le cinéaste avec lequel j’ai le plus tourné, celui avec lequel j’ai partagé la plus grande complicité. C’était l’antithèse du metteur en scène autoritariste façon Melville, c’était un metteur en scène copain. Notre dernier tour de piste, Amazone, n’a pas été à la hauteur de nos espérances mutuelles mais le plaisir de nos retrouvailles était intact. J’ai aimé son rire, son imaginaire, son extrême rigueur dans la loufoquerie, la gravité secrète que dissimulaient ses pirouettes. Nous étions une équipe, nous étions un duo, nous étions frères.

Texte publié comme avant-propos du livre Philippe de Broca, un monsieur de comédie de Philippe Sichler et Laurent Benyayer (Néva Éditions, 2020)


Alexandre Mnouchkine par de Broca

Alexandre Mnouchkine

par de Broca

Philippe de Broca a tourné douze films avec le producteur Alexandre Mnouchkine, de L’Amant de cinq jours (1961) à Psy (1982). À sa disparition en 1993, le cinéaste lui a consacré un petit texte d’hommage, publié dans Le Film français.

« J’ai fait douze films avec vous (toi et Georges Dancigers et Bob Amon), mais surtout avec toi Sania, dont une bonne moitié dans des pays lointains.

Je t’ai donc vu, semaines après semaines, années après années, te lever, sous toutes les latitudes, à l’aube et te coucher bien après le crépuscule.

Tu t’habillais, dans ces pays pauvres où les fonctionnaires sont aisés, d’un pantalon élimé destiné uniquement à attirer leur compassion pour un pauvre petit producteur français.

Car on m’a raconté que tu étais Russe sous prétexte que tu as un petit accent et un nom imprononçable… comme tout bon producteur de l’époque ! C’est faux ! Tu étais Français et tu adorais la France.

On ne se demande bien pourquoi ? Tu ne fréquentais que des voyous ! Nous, en l’occurrence. Nous les artistes, qui ne faisions que des bêtises et un peu de cinéma. Tu nous grondais fort justement après nos turpitudes d’enfants gâtés. Tout était donc dans l’ordre.

Mais parfois les choses se gâtaient. Des pluies interminables, un fonctionnaire pointilleux, un bouton sur le nez de l’actrice. Ou pire, à la sortie du film : le bide ! (rare, avec toi !). J’étais effondré. Tu t’épanouissais ! Tu posais ton énorme et tendre main sur mon épaule d’artiste incompris. Ton visage, si ridé depuis, je crois, l’enfance, s’illuminait d’un sourire désarmant et tu me disais : « Remettons les choses à leur place. Après tout, on ne fait que du cinéma ! » Oui, Sania, tu ne faisais que du cinéma. Tu ne faisais même que cela. Pour ton plaisir et pour le nôtre. Pour le rire de tes petits-enfants. »

(source : Le Film français, n°2453/54, 7/14 mai 1993)


« Quoi de neuf ? Broca! »

« Quoi de neuf ? Broca ! »

L’écrivain Thomas Morales avait déjà évoqué le cinéma de Philippe de Broca dans Monsieur Nostalgie. Il récidive dans un chapitre de son nouveau livre, Tendre est la province aux éditions des Equateurs. En voici le texte :

« Quoi de neuf ? Broca !

Depuis une dizaine d’années, je m’efforce de rendre à Philippe de Broca la place qu’il n’a pas dans les rétrospectives ; trop fin, trop commercial, trop populaire, trop provincial, trop virevoltant aussi, frénétique et mélancolique, joueur et fuyant, aristocratique et primesautier, à fleurets mouchetés, ce cinéma d’émotion et d’action n’a pas les faveurs d’une critique qui ne comprend que l’entonnoir sur la tête et les manuels d’agit-prop. Il condense tout ce qui horripile les torquemadas de la caméra, le marivaudage zébré d’incertitudes, le boulevard sentimental, la course à l’échalotte, la cascade et les blagues des copains, le juste balancier entre un dialogue qui serait trop écrit et des sauts de cabris. Moi, ce cinéma-là m’émeut au plus haut point.

Lui seul sait filmer une place de village dans son indolence souveraine. J’y puise une force et une échappatoire, il est tout ce que le cinéma d’auteur abhorre : léger, sensuel, polisson, sensible, jamais racoleur, jamais misérabiliste, dansant et feutré, non-victimaire et aboyant. Il est ma France. Jean-Pierre Cassel cabotine dans Les Jeux de l’amour, Le Farceur et L’Amant de cinq jours, Belmondo nous épuise dans L’Homme de Rio ou Cartouche, Geneviève Bujold nous arrache des larmes dans Le Roi de cœur avec son tutu fichu, Montand qui m’est antipathique m’amuse dans Le Diable par la queue, Jacqueline Bisset est à double-face dans Le Magnifique, au pinacle de son érotisme en nuisette de soie ou en pull à grosses mailles, Marthe Keller est cette brindille haletante dans Les Caprices de Marie en maillot de bain deux pièces, Jean Rochefort roule en break Volvo 145 dans Le Cavaleur ce qui est en soi, le signe d’une élégance folle et d’un caractère extatique, je pourrai continuer encore longtemps cette liste à la Prévert, cette fantasia de l’enfance.

« Je ne peux pas me revendiquer de la Nouvelle Vague dans la mesure où je suis un cinéaste populaire, quelqu’un qui veut faire des entrées, qui veut faire rire, qui veut avoir du succès…La Nouvelle Vague voulait essentiellement faire du neuf […] Ce qui est bizarre, c’est que, pour les gens du cinéma, plus on se rapproche du public, plus on doit faire vulgaire » concédait-il, dans un entretien accordé à Alain Garel et Dominique Maillet. Broca est la parfaite antithèse de toutes les théories brumeuses d’un cinéma cultureux et protestataire.

Dans un film de commande, il se révèle douloureusement personnel et dans un film plus personnel, il injecte une dose d’universalisme. Prenons, Tendre Poulet avec Philippe Noiret et Annie Girardot, la rencontre entre un professeur de grec ancien à la Sorbonne et d’une commissaire de police, l’histoire est
amusante, la péripétie policière se regarde avec plaisir, les acteurs sont à l’aise, les Monique Tarbès et Roger Dumas font leur numéro avec cette fantaisie cabaretière qui n’existe plus, ne croyez pas que ce cinéma en apparence inoffensif, se regarde et s’oublie. Il n’est pas jetable. Il dit tout de nous, de nos méandres, de notre incapacité à s’engager, de nos rêves enfouis, de nos absences et de nos fuites imbéciles, sans grands mots à la rescousse, sans les larmes abondantes des atrabilaires, sans les aplats de couleurs glauques, mais dans l’organdi et le crêpe, l’ondoiement, le drapé, un travail de dentellière. Quand je m’arrête square Viviani, observer l’avancement des travaux de la Cathédrale Notre-Dame, je suis emporté par une émotion qui déborde, je ne peux la retenir. Noiret invite Girardot à l’accompagner sur une plage de Normandie, c’est bon paraît-il pour les couples, dans son costume en seersucker, un cornet de glace à la main, il tente un rapprochement. Nous ne sommes pas dans la drague lourdingue, la déconstruction et le procédural. Ce moment fugace où deux personnes se rencontrent avec les sous-entendus et les piétinements sous-jacents, est superbe de maîtrise. C’est rapide, farfelu, boiteux, d’une beauté à crier. »

« Tendre est la province » de Thomas Morales, Editions des Equateurs, 2024. 240 pages, 19 euros.


Bruno Troublé raconte la passion de la mer de De Broca

Bruno Troublé raconte la passion

de la mer de De Broca

Le skippeur français Bruno Troublé, qui a (entre autres) participé aux JO de Mexico en 1968 et de Montréal en 1976, vient de publier un livre de souvenirs aux éditions Albatros, Pas une minute à perdre !. Il y évoque notamment son amitié avec Philippe de Broca, les quinze dernières années de la vie de ce dernier.

« Un ami inoubliable ! Nous ne l’avons pas connu par le cinéma, mais par la mer. Un peu comme mon père bien-aimé, Broca était un marin tardif : il a acheté son bateau, un Taillefer en acier, à 50 ans ! (…) Le Moana, hivernait au chantier Le Borgne à côté de notre maison de vacances au Parun, située sur la berge de la rivière d’Auray à Baden, et nous sommes ainsi rapidement devenus proches. » Le cinéaste aimait particulièrement le golfe du Morbihan et l’île de Boëdic où il avait tant joué enfant. Il y a d’ailleurs tourné des scènes du Cavaleur et des Clés du paradis.

« Il aimait à dire : « Le golfe du Morbihan est accueillant mais l’idée d’aller affronter Belle-Île correspondait dans mon imaginaire à aller affronter le cap Horn… Et je préfère répondre aux Parisiens : « Comment ? Vous ne connaissez pas le golfe et la pointe des poulains ? », que leur dire « Oui, c’est moi le metteur en scène de L’Homme de Rio »… »

Malgré tout, reconnaît Troublé, si le cinéaste « adorait naviguer, il était assez incompétent, inconscient et maladroit. » Mais « sa joie de vivre, sa légèreté » ont comblé Troublé et sa femme. « On a tellement rigolé ! Philippe perdait sans arrêt son téléphone portable, qu’il mettait dans la pochette de sa chemise. Lorsqu’il se penchait en avant, le téléphone tombait… Il est ainsi tombé dans 30 centimètres d’eau alors qu’il tirait son annexe sur la plage. Il n’a fait ni une ni deux : « Je vais le mettre dans le four dix minutes, il va remarcher ! » On a sorti, une heure après, des lambeaux de plastique noir. »

Pas une minute à perdre !

(Editions Albatros, 256 pages, 27 euros)


« Le Magnifique » par Michel Gondry : entre Resnais et Gaston Lagaffe

« Le Magnifique » par Michel Gondry : entre Resnais et Gaston Lagaffe

Le réalisateur Michel Gondry (Eternal Sunshine of the Spotless Mind, La Science des rêves, L’Écume des jours) avait rédigé une postface dédiée au Magnifique dans le livre de Jérôme Wybon consacré au film. La voici dans son intégralité : 

« Ce qui fait que Le Magnifique est une comédie unique, c’est cette interaction entre un univers dans lequel on a un homme attachant avec un travail auquel on peut s’identifier, il est écrivain, même si ce ne sont pas celles qu’il a envie d’écrire. Et il nous emmène dans les histoires qu’il écrit, avec cette interaction entre ce qui se passe dans la vie matérielle sur l’histoire qui est racontée.

Moi qui ait toujours été créatif, dessinateur, fabriquer des choses avec mes mains, de voir quelque chose comme ça matérialisé à l’écran, c’est quelque chose qui me faisait rêver, me donner envie d’en faire autant d’une certaine manière.

Ce qu’il y avait de formidable avec Jean-Paul Belmondo dans le film, c’est ce côté touchant auquel on peut s’identifier. Et Belmondo qui a ce côté macho, joue à peine dessus ou en le tournant en ridicule, en permanence. Il a énormément apporté au cinéma français, il a une présence mais sans se prendre au sérieux. C’est un mélange qui permet de faire des comédies, des comédies d’aventures qui est un genre assez excitant.

Quand je suis devenu réalisateur, il m’est apparu que ce film était une de mes références plus ou moins conscientes. Il y avait chez de Broca ce mélange d’aventure et de comédie qui était très attrayant, sans jamais être prétentieux et qui ne parle pas d’une certaine couche de la société. C’est assez universel. Ça me plaît beaucoup. Cela vient peut-être de Chaplin, de ce genre de cinéastes universel qui montraient une monde proche de nous, de notre quotidien.

Il y a des choses aussi qu’on pourrait presque comparer à du Resnais. Par exemple, la cabine téléphonique qui se retrouve dans l’eau. Il y a des juxtapositions. Il a pris une sorte de logique qu’il a poussé d’une manière un peu systématique, jusqu’au surréalisme. Et on ne se pose pas la question de ce que cela va rendre. Les éléments se retrouvent un peu dans le désordre, et cela fait penser à Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais, avec ces glissements dans la mémoire, qui ne reconstitue pas un déroulement linéaire, avec le personnage qui revit toujours le même instant avec les choses qui se mélangent petit à petit. Et on se retrouve à un moment avec une cabine téléphonique au milieu de la mer. C’est une coïncidence mais c’est une bonne coïncidence.

Il y avait aussi un élément un peu Gaston Lagaffe qui était quelque chose de très important pour moi. Le gars qui s’assume pas trop, un peu catastrophique, et qui fabrique des choses qui font rêver les autres. On peut faire pas mal de parallèle avec Gaston Lagaffe, la voisine Christine ressemble à Mademoiselle Jeanne dont Gaston est amoureux. Et toute cette invention. On sent que l’auteur a mis son personnage au service de son imagination et ce que cela lui procure. C’est très réjouissant à voir.

J’ai fait un film qui s’appelle La Science des rêves, où il y a une forte influence d’une part du Magnifique et d’autre part, Le Locataire de Roman Polanski. Ce que je trouve en commun dans ces deux films, c’est cet espèce de microcosme, dans un immeuble parisien, qui pourrait résumer la société. C’est exactement ça. On sait qu’on va croiser dans les cages d’escalier, tel ou telle personne… Il y a cette interaction entre les différents étages, les différents appartements. Et il y a l’interaction entre le réel et l’imagination. Donc, je mets ces deux films un peu côte à côte, alors qu’il ne doit pas y avoir énormément de gens qui les associent. C’est pas le même type de cinéma, mais je les aime de manière équivalente. »

Belmondo Le Magnifique de Jérôme Wybon (Maison Cocorico, 2018)


La nostalgie de Thomas Morales

La nostalgie de Thomas Morales

Avec Monsieur Nostalgie, qui vient de paraître aux éditions Héliopoles, l’écrivain Thomas Morales propose un livre qui « se veut gourmand, parfois engagé, souvent amusé (qui) dessine une France qui nous manque cruellement ». Il consacre quelques pages à Philippe de Broca que voici :

« Qui n’a pas vu Le Magnifique, L’Homme de Rio, Cartouche, Le Cavaleur ou Le Diable par la queue ne connaît rien des soubresauts de l’âme, la polka des sentiments et les fanfaronnades de l’homme français. Nous plaignions sincèrement cet être incomplet. Car Philippe de Broca fut ce phare dans un océan de sérieux, ce pincement au cœur quand la comédie se voulait grossière, cette tornade qui emportait le spectateur tout en instillant chez lui, un sentiment d’abandon. Ses films sans cesse revus ou redécouverts agissent comme des bornes existentielles, ils réenchantent notre quotidien, nous emportent et nous subjuguent. Broca est à la fois notre refuge et notre exil intérieur.

Plus le temps avance, plus son génie nous manque cruellement. Nous avons appris à nous méfier des cinéastes d’avant-garde, ces chéris de la critique, encensé par les pouvoirs publics qui trustent les positions dominantes dans les médias mais dont l’empreinte émotionnelle est complètement nulle. Ils ont beau faire l’objet de conférences, de débats qui ennuient, de toute cette gesticulation intellectuelle, ils n’arrivent pas à toucher. Alors que les films de Broca brillent dans la nuit par leur parfum d’éternité, leur douceur désenchantée, leur dialogue confectionné dans ce friable organdi, cette mécanique joyeuse et pétaradante qui nous libère de nos chaînes. Broca est un libérateur, il ouvre les fenêtres de cette grande maison de famille, assoupie dans la campagne, à la façade défraîchie et fait valser les amours impossibles. L’instabilité des hommes vient de se fracasser sur le rivage des femmes.

Aujourd’hui, les langues se délient, les vraies valeurs finissent par s’imposer, le talent exploser, les contemporains peuvent juger sur pièces. Certains jeunes réalisateurs osent même avouer que ce cinéma-là, celui du dimanche soir, populaire et étincelant, à l’humour délicat et à l’action échevelée, les a profondément nourris. Ils en reconnaissent en Broca, un maître doublé d’un professionnel hors pair, c’est-à-dire un cinéaste star du box-office qui donne du confort de visionnage et de l’épaisseur à ses personnages, qui ne néglige jamais la qualité au détriment du plaisir gamin de s’amuser. Rares sont ceux qui réussissent aussi bien à doser l’aventure et le frisson, la fantaisie et l’introspection, sans tirer à la ligne, sans jouer les trémolos, Broca fut ce funambule délicat qui avançait sur cette mince corde sans jamais chuter dans la facilité. Nous verrons fleurir bientôt des dizaines d’héritiers à Philippe de Broca, son aura commence à se propager. On sait combien le réalisateur est admiré aux États-Unis, sa filmographie auscultée dans les meilleures écoles depuis Le Roi de cœur, sorti en 1966. Broca, l’oublié de la Nouvelle Vague et des revues spécialisées hexagonales, jalousé aussi pour ses millions d’entrées en salles et ses collaborations prestigieuses avec, entre autres, Belmondo, Cassel, Noiret, Girardot ou Montand a été, très tôt, reconnu et adoubé, outre-Atlantique, comme un authentique créateur.

Je considère Broca comme le meilleur cartographe intime de la province française. Lui seul savait saisir ces moments instables où une ville endormie, au pavé glissant, embaume l’odeur de chèvrefeuille et au loin, un homme déambule cherchant une explication à sa vie. Il y a des scènes signées de Broca qui nous accompagneront jusqu’à notre mort, Jean Rochefort et Nicole Garcia, place des Victoires dans Le Cavaleur ou Philippe Noiret et Annie Girardot, square Viviani dans Tendre Poulet. »


« Tendre Poulet » par Mad Will sur Youtube

« Tendre Poulet »

par Mad Will sur Youtube

La chaîne Youtube Mad Will consacre une vidéo à Tendre Poulet.

« C’est un film fascinant où de Broca aime mélanger les genres. On ne sait pas toujours sur quel pied danser, même si dans le cas de Philippe de Broca, on pourrait presque parler d’entrechats tant il parvient avec une grande maestria à passer d’un genre à l’autre. En plus de nous offrir une intrigue policière avec d’excellentes scènes de suspense, il signe simultanément une comédie romantique absolument délicieuse. C’est là que l’on peut apprécier tout le travail d’orfèvre du cinéaste, qui utilise les séquences policières pour rythmer son histoire d’amour entre le professeur de grec et la femme-flic. »


Présentation de « L’Homme de Rio » par Benoit Peeters

Présentation de « L’Homme de Rio » par Benoit Peeters

Dans le cadre d’une carte blanche, Benoît Peeters, scénariste de bandes dessinées, romancier, éditeur et professeur au Collège de France, a présenté le 20 avril 2023 à la Cinémathèque française L’Homme de Rio de Philippe de Broca.


Une chanson d’Arnold Turboust sur « L’Homme de Rio »

Une chanson d’Arnold Turboust sur « L’Homme de Rio »

Le chanteur Arnold Turboust, complice d’Etienne Daho, vient de sortir « Belmondo », une chanson consacrée à L’Homme de Rio… « Mon père était super fan de cinéma, et particulièrement de Belmondo et de ce film. Je le connaissais bien, je l’avais vu moult fois… Je l’ai même eu pendant longtemps dans mon champ visuel, il y avait un DVD qui trainait, dans ma vie de tous les jours. Et puis, un jour, j’ai eu cette mélodie, ces accords de piano, cette structure… Et j’ai écrit tout de suite ce texte narratif, qui raconte le film et l’ambiance. »
(Retrouvez Arnold Turboust en interview dans L’Aperview)


Privacy Settings
We use cookies to enhance your experience while using our website. If you are using our Services via a browser you can restrict, block or remove cookies through your web browser settings. We also use content and scripts from third parties that may use tracking technologies. You can selectively provide your consent below to allow such third party embeds. For complete information about the cookies we use, data we collect and how we process them, please check our Privacy Policy
Youtube
Consent to display content from - Youtube
Vimeo
Consent to display content from - Vimeo
Google Maps
Consent to display content from - Google